BIG DEZ, le poids du talent, le choc du blues
Nouvel album :‘You Can Smile’ 2008
Rencontre avec Phil Hernandez et Bala Pradal
Ce 3ème album, poursuit le chemin du précédent, en plus généreux encore, et toujours aussi cuivré et torride. Une envie de marquer définitivement la musique de Big Dez, entre la tradition et un blues largement ouvert aux influences actuelles, et si je puis me permettre cet autre lien, de pouvoir en rire ('You Can Smile') nuit après nuit ('Night After Night') ?
Rien n'est définitif sauf la mort ! Notre musique s'est beaucoup transformée. Après avoir longtemps joué des reprises arrangées à notre sauce, les compositions sont venues naturellement, inspirées, pour l'essentiel, de tous les styles de la musique afro-américaine que l'on écoute depuis toujours et de l'évolution de nos vies personnelles. Nous râlons énormément, devant les galères, les injustices et la bêtise omniprésente, mais il faut préserver l'humour et on en a à revendre même si on n'a pas forcément des gueules de comiques. Sourire! Sourire intérieurement, encore et encore, nuit après nuit pour pouvoir continuer à tourner, à jouer...
Ce blues est pourtant joyeux et conquérant, à la fois fluide et volubile, bariolé de R&B, de swing et de funk. Il est brillant et pose les couleurs d'un blues terriblement moderne. C'est ça, le blues de Big Dez, une fête puisée au coeur de la tradition et tournée vers demain ? Ou simplement un patchwork des influences du gang ?
Nous aimons beaucoup la fête, les bonnes choses comme la gastronomie, l'alcool, les cigares, le boogie. Enorme respect pour le blues originel, les racines. Tous les musiciens ayant joué dans Big Dez avaient et ont des goûts différents, des pratiques de styles multiples (pop, raï, soul, jazz, funk, rock, blues) Ce mélange a donné la couleur du groupe actuel: blues fortement teinté de rock'n'roll et de funk,et commence à donner une réelle identité au Band.
Mettre en présence des gens comme Gordon Beadle (saxo), Preston Hubbard (basse), et même le batteur des Bel Airs, Michael Cherry, relève d'une subtile alchimie et d’une belle fusion franco-américaine. Et il y a aussi cette formidable complicité que tu partages avec le pianiste Bala Pradal et l'harmoniciste Marc Schaeller. Comment arrive-t-on à bâtir la cohérence d'un tel ensemble ? Ton charisme ?
Le charisme, je ne pense pas. Je vais te répondre par une phrase du regretté Luther Allison :’leave your ego play the MUSIC, love the PEOPLE’. Il avait raison. Si tu joues avec des gens depuis longtemps, tu découvres toujours des faces cachées dans leur façon de jouer. Moi, je privilégie l’amitié et le goût en commun pour cette musique, surtout pour les compositions. Quant à la fusion franco-américaine, elle est logique car de nombreux trips aux US ont forgé une amitié forte entre nous. L alchimie est donc simple et on parle la même langue lorsque que l on joue ensemble.
Cet opus est de nouveau enregistré aux Etats-Unis. Les pièces, presque toutes des compositions, sonnent US, magistralement. Pensez-vous que ce soit là-bas, et nul part ailleurs, qu'on puisse trouver le bon son, celui qui donne autant d'authenticité à ce disque ?
Le "bon son" peut se trouver à coup sûr dans beaucoup d'endroits. Notre envie de voyager outre-atlantique et de partager notre musique avec des amis musiciens vivant aux US nous a fait enregistrer là-bas. La première expérience (Sail On Blues) nous a donné envie de récidiver pour les albums suivants. Le Blues est énormément joué aux USA: les ingénieurs du son connaissent ce genre. Ils travaillent vite et bien. Nous n'avons pas trop l'esprit de clocher et sommes plutôt internationalistes. Le blues en français, entre français dans des studios français, on n'a rien contre mais ce n'est pas notre truc.
Peut-on envisager un disque de Big Dez sans rythmes cuivrés et invités ?
Absolument! Il n'est pas exclu; dans l'avenir, d'enregistrer un album plus dépouillé, avec moins d'intervenants. Il ne faut pas oublier que Big Dez se produit régulièrement en trio, quartet ou quintet et que ça dépote quand même tout en restant fidèle à l'esprit et la conception des albums.
Le choix des deux reprises (F Robinson et Elmore James) signifie-t-il quelque chose ?
Oui ça signifie en faite l’amour du Chicago blues depuis la première heure avec BIG DEZ. Et puis le truc marrant avec les reprises, plus tu les joues à ta sauce et plus tu les inclus dans ton répertoire comme des originaux, mais bien sur cela n est pas le cas !!!!
Big Dez est aussi bon sur disque que sur scène ! Alors à quand un album live ?
La réalisation d'un album live devrait se concrétiser bientôt. Dans les mois qui viennent, un preneur de son nous suivra en tournée pour fixer les meilleurs moments.
Un mot sur la couverture, tonique et colorée comme la musique de Big Dez
La pochette est signée Dom SD qui n est pas un inconnu chez Xroads, je crois ?? Notre boulot en commun sur la pochette reflète bien le contenu di disque, je pense, un cocktail de fiesta et d’énergie positive
www.bigdez.com
© Francis Rateau