Publié le 18/10/2009 à 08:06 par friscoblues
TOMMY CASTRO
Hard Believer
Alligator Records
Tommy El Magnifico, aime envoûter de sa voix suave et sensuelle, jusqu’au bout de son charme latinos, roulant ses savoureux rythmes dans une irrésistible ode au R&B, à la soul et au rock’n roll. Sur le fil du rasoir, ce dernier opus, s’il ne révolutionne pas le genre, caresse tout de même dans le sens du poil les fans d’une musique incisive comme une brûlure sauvage. Pris en charge par le producteur John Porter (Santana, Buddy Guy, Costello entre autres), signé sur le légendaire label Alligator, le Californien déroule une série de mélopées au scénario bien ficelé, sûr de son coup, du plus bel effet. C’est cuivré, c’est dansant, c’est simple, efficace, vibrant et intègre, parfois un peu trop consensuel mais si beau, et la guitare du Castro y est plutôt légère et délicate. Entre deux compositions, Tommy rend aussi une visite à Wilson Pickett et à Dylan, mais l’on sait que lorsqu’il touche au sacré, le soul singer sait l’embellir de son style. Avec cette capacité d’éviter les écueils de la consanguinité musicale, peut-être le signe d’un redoutable faiseur de tubes. Pour s’en convaincre, ces deux pièces majestueuses, la ‘it is what it is’, signée de son ami Stephen Bruton (à qui le CD est dédié) et qui rend encore plus vif l’incision sans le country rock, et la plongée colorée d’émotion dans le titre éponyme aux couleurs d’Otis Redding. L’autre réussite d’un tel album, aux sens aiguisés, c’est de redécouvrir le plaisir éternel des choses essentielles, l’émotion et le plaisir de rythmes noirs. Auréolé d’un Blues Music Award en 2008, Tommy Castro poursuit l’aventure d’une blues eyed soul brillante, généreuse et douce.
BOO BOO DAVIS
Ain’t Goitta Dime
Black & Tan Records
James Davis, aka Boo Boo, est l’un des derniers survivants du blues du Deep South. Fils d’un musicien qui a accompagné, entre autres, John Lee Hooker, Elmore James, Boo Boo joue depuis l’âge de 5 ans et à, comme tout bluesman qui se respecte, chanté à l’église. Sa musique est évidemment complètement imprégnée de son histoire. Depuis quelques années, il est cornaqué par le gang hollandais du label Black & Tan qui fournit les musiciens, et par Jan Mittendorp, le guitariste qui le fait tourner partout en Europe. La production est tout-à-fait dans la mouvance du delta blues revisité avec ce goût prononcé pour du poisseux et du rugueux. Enregistré live en studio. Mais on ne va se priver pour autant d’un disque pareil, si excitant, si originel, dégageant une telle odeur de souffre, d’où perce les effluves primitifs d’un blues vital et graisseux, presque marécageux. La section rythmique accompagne lourdement les pièces, enrobée d’un voile sonore pesant digne d’un juke joint enfumé, guitare saturée et stridente, l’harmonica aérien, strident et halluciné, du bluesman dont le chant est psalmodique et puissant. C’est lancinant et moite, complètement envoûtant, plein d’émotion et de sensations bleutées. Le souffle du groove funky passe sur chaque titre, un vrai festival dont Boo Boo Davis a écrit chaque parole au cours de ses incessantes tournées. Sous son œil toujours un peu rigolard, perce le regard d’un homme qui a soif de vie et faim de sa légende. Il est en train de se la créer depuis quelque temps.
NATHAN JAMES
I don’t know it’
Sacred Car Recordings
Avec une discrétion, et une certaine humilité qui le caractérise, Nathan James fraie son chemin, mené avec droiture et respect, au sein de la tribu des artistes blues de la Californie. Après avoir accompagné pendant presque 4 ans son mentor James Harman, et joué le session men pour d’autres artistes (Jamie Wood, Johnny Dyer...), Nathan James a non seulement décidé de se lancer sous son nom mais aussi de créer son propre studio d’enregistrement (Sacred Cat). Immédiatement reconnu comme une valeur montante de la scène blues (il remporta l’International Blues Challenge de Memphis en 2007), il développa une sorte de roots blues acoustique empli de tradition mais tellement revigorée par ses talents de musicien (multi-instrumentiste) et d’arrangeur qu’il respire le 21è siècle. Après des tournées incessantes en Europe, Asie et aux States, et deux albums en duo avec l’harmoniciste Ben Hernandez (une sorte de Big Bill Bronzy/Brownie Mcghee des temps modernes), quelques productions pour d’autres au fond de son studio, Nathan sort cet album aux couleurs chatoyantes et qui désigne encore un autre aspect de sa personnalité. A l’évidence, son désir a été de s’ouvrir à des expériences variées, notamment en incluant d’autres musiciens dans des pièces parfois plus électriques. Car entre 3 reprises et 8 compositions, ce n’est que feu d’artifice de blues dont l’artiste sent le moindre souffle, jouant avec les instruments, plaçant toujours en tête l’harmonie vocale (son propre chant est limpide), un jeu digne d’un sorcier du son. L’inspiration surfe le long des influences régionales du blues, de l’east coast à la west coast, en passant par Chicago et le Mississippi. L’utilisation soigneusement choisie des instruments, incluant banjo, contrebasse, mandoline, dobro, piano, permet une variété d’interprétations et dopent l’opus. Enfin, il faut souligner la présence de vieux soutiers du blues, tels que James Harman, Troy Sandow, Carl Sonny Leyland, Marty Dodson, et d’autres encore, une palette de talents qui fait de cet album, une bien belle offrande au Blues, celui qui réchauffe le cœur et fait vibrer l’âme. Passionnant.
LITTLE VICTOR
Let’s Get High
Wild Records - 2009
L’Italo-Américain, surnommé le P’tit Victor, assez grand pour toucher les sommets d’une musique pourtant engluée dans les mouvances blues et rock’n roll, est un type sans vraiment d’attache géographique, parcourant ses nombreuses haltes en Europe comme aux States. Sa dernière contribution au siècle des lumières bleutées sourde presque anonymement d’un label californien dédié au rockabilly. C’est un précieux objet, à peine identifié, rugueux et intense, sorte de truffe rare reniflé par des amateurs de son roots (un Mark Tee aimerait certainement), au parfum sulfureux de boogie, de soul et de vieux R&B. Voilà une palette de pièces qu’il faut prendre tels qu’elles sont, ourdies avec le cœur d’un type ancré dans l’âme du blues, posées avec le talent d’un multi-instrumentiste qui sait faire vibrer chaque mot, chaque note. Et pourtant Little Victor ne semble pas tant apprécié que ça. L’artiste juge la production calibrée comme les autres disques de Wild Records (Hollywood), très orienté rockab’ sauvage, (‘Le disque sonne malheureusement trop comme les autres CDs du label et pas assez comme un disque de blues, selon moi. C'est un album qu’un artiste de blues enregistre avec des musiciens de rockab’ pour un public d'amateurs de rock 50's’ LV). Mais aussi pour un public fan de blues sans fioritures, brut et primal, calé au fond d’un juke joint enfumé, le feeling perçant à chaque mesure, violent et troublant.... A souligner aussi que le gang imposé au guitariste, et harmoniciste, rassemble essentiellement des musiciens de rockabilly, ce qui, on en conviendra, apporte une touche spécifique supplémentaire à ce son un peu décrié par l’artiste ! Perfectionniste, Victor regrette encore un enregistrement mal fagoté, baclé (‘Le mixage est approximatif, les versions sur l'album sont presque toutes les mauvaises prises, choisissant systématiquement la 1ère ou la seconde, quand il y avait des versions bien meilleures de chaque titre... Les "fade outs" sont catastrophique, la pochette est bien moche....’ LV). Certes, la production laisse quelques réserves, et Victor, producteur lui-même, en cherche les failles, mais le style permet ce genre d’enregistrements, en ‘live’, et au final, l’album sonne juste si l’on privilégie l’intensité et l’émotion de ces 14 pièces frappées dans le sang du Blues. 6 compositions caressent l’opus dans le sens du boogie blues, 7 autres sont des traditionnelles revisitées par Little Victor, et le titre éponyme est une reprise signée par Morris Pajoe, obscur bluesman des 50’s. A goûter en toute petite partie sur www.MySpace.com/louisianaredmusic
Publié le 18/10/2009 à 08:04 par friscoblues
VOODOO DOCTORS
Deep Peace
RBK Records
Enfin un disque, dopé de rythmes dérobés, fait pour taper des pieds, humer l’humus des racines, craquer d’émotion, dodeliner de la tête, rouler des hanches, et chanter... On n’avait peut-être plus vu ça depuis, heu, j’ose, le Creedence Clearwater Revival. Et en plus c’est français, oui madame, bien de chez nous, un peu à l’ouest quand même (Pays de Loire), mais cela leur va bien. Cet album apporte la paix dans le cœur, l’âme et même dans les ménages, garantie, c’est la médecine des toubibs vaudous...Sans bornes, avec la foi des justes, un humour subtil et une jouissance insoutenable, ces Voodoo Doctors glissent dans un opus frais et généreux, un jet de pièces électro-acoustiques avec un goût excessivement prononcé pour la chose roots. On sait tous que pour dérider et faire dérision, il faut, mine de rien, un incroyable talent. Ces types en ont à revendre, ne se prennent pas la tronche et jouent pour se faire plaisir ! Et oui, il y en a, et ça fait du bien...Les lascars ne sont pas, bien sûr, nés de la dernière pluie et ils ont inscrit ou inscrivent toujours leur marque dans quelques formations à succès : l’architecte de la contrebasse, Miguel Hamoum, ex-Scratch My Back et dorénavant aussi avec Bo Weavil (dont on parlera bientôt avec leur nouvel album), le chanteur Ronan Le Huludut, ex-Hound Dogs, à la guitare mais aussi à l’harmonica, à la flûte et au kazoo, Michaël Mieux, homme de scène au chant, guitare, washboard, rigolades, et l’un des meilleurs drummers de l’hexagone, Denis Agenet, Bad Mules, Tia & The Patient Wolves. Sans l’air d’y toucher, le gang effroyablement diabolique surfent sur des airs qui vrillent nos mémoires, se permettant parfois, non sans vergogne, de tailler la croupière, au milieu d’un lot de compositions originales, à des reprises hallucinantes. On aime le vibrant ‘Old Man’, une belle ode à Neil Young, fidèle jusque dans la voix frêle et le toucher de guitare (le vieux Young est content). On applaudit l’authentique ‘Mystery Train’ de Junior Parker, yodel et rock’n roll en bandoulière (Presley vient de se réveiller). On s’éclate sur l’excitant ‘Constant Sorrow’ remis au goût du jour par le film Ô Brother mais vieil air du Kentucky, signé Dick Burnett. On se pâme sur le 'Wicked Game’ du moelleux Chris Isaak que David Lynch promut en tube dans son film Sailor & Lula. Et on se demande même si le titre ‘Down by the River’ , signé de Denis Agenet, ne serait pas un clin d’œil à Neil Young, encore...Sur la scène enflammée, les Voodoo Doctors croisent encore le fer avec AC-DC ('highway to Hell’), les Stray Cats, Beatles et quand même Muddy Waters (ah bon)... Ces mécréants sont capables du pire cauchemar pour radio formatée mais surtout du meilleur pour tout fan de vraie musique, utilisant leurs influences multiples, mais tellement acceptables, pour en faire une sauce étrange qui mijote au fond d’une vieille marmite (on sait que c’est dans les vieux pots que....) et de laquelle sourde, en bouillonnant, accrochés à un chapelet de gris-gris (priez mes frères), des fluides de folk, country, blues et rock. Le résultat, ce ‘deep peace’ flamboyant et enflammé, qui est sans nul doute le brûlot de l’été finissant, comme une orgie de plaisirs…In the land of deep peace, feeling blue, feeling free…
Publié le 18/10/2009 à 08:02 par friscoblues
EMIL & THE ECSTATICS
Bit By Bit
Naked Prod / Berthus
Des signes avant coureurs, assez discrets il est vrai, annonçaient le séisme à venir : un troisième album de ces Suédois à l’allure décomplexée, à l’élégance racée, une oeuvre enfin livrée en place publique et à déguster ‘bit by bit’... Posté au coin de ce fameux carrefour mythique (dont Xroads est la vitrine légale), je sentais déjà le souffle, voire le souffre, d’Emil et ses Ecstatics brisant le blues scandinave. Peu m'en chaut, cet album, n’est pas aussi dévastateur que la rumeur le laissait entendre, restant quelque peu conventionnel malgré le talent de ses géniteurs et ce pincement de plaisir qui glisse au long des 14 titres du disque (pas radins les mecs) ! Mais que demande donc les hérauts du blues, toujours à l’affût de l’ultime pépite ? Foin d’hésitations, cet opus est bon, disons-le tout net ! Il est plombé d’excitantes compositions (signées Emil Arvidsson), suinte de l’harmonie parfaite entre la palanquée de musiciens, agite les sons d’un jeu subtil des plus intéressants, et s’offre une belle brochette de blues. La palette est colorée et large, de la brise légère d’une blue-eyed soul aux effluves anglaises des 60’s, de la virée delta blues au revival chicago, de la Lousiane à la West Coast, des plages slidées d’Hawaii (‘The Hula’) à celles de la côté ouest du surf des 60’s (‘The Spook’ , très réussi), ou même à celles plus exotiques avec un clin d’œil aux rythmes samba (‘Lucky Girl’). Ces Scandinaves savent terriblement bien saisir l’essentiel et l’esprit des musiques roots. Leurs traductions ‘revivial’ ont toujours quelque chose de réussi, avec un sens de l’authenticité et le goût de l’excellence. La formation est excellente et a ce sens du blues que peu d’autres savent peut-être faire passer dans leur œuvres, un respect de la tradition comme l’art de la mettre au goût du jour, le son comme le chant, et avec la prétention de faire bien et de bien le faire. Emil est un excellent guitariste, à la technique efficace, au jeu souple, doublé d’une voix claire et bien placée, un talent indéniable ! Son blues sait se faire tendre comme vif, rugueux ou teinté d’une soul soyeuse. Ses compagnons n’ont rien à se reprocher, bien au contraire, et redoublent de brio, de la section rythmique instinctive, parée d’un groove superbe, jusqu’à l’orgue lui-même, qui touche les notes célestes d’un Brian Auger. Ça joue, ça ronfle bien, ça swingue, c’est bon pour le blues, bien pour le public d’un club, moins peut-être pour un album à la prétention évidente mais qui reste malgré tout assez classique. Il manque peut-être juste comme un grain de folie dans ce blues puisé à la source, un certain délire qui pousse au dépassement et à ...l’extase ! Extatique !
ROY ROGERS
Split Decision
Bling Pig Records
Il ne faut pas confondre Roy Rogers avec le chanteur country de jadis, non, celui-ci est un serviteur assidu de la cause blues, souvent dans la discrétion, depuis plus de 40 ans, commençant à tâter de la guitare à 12 ans, jouant déjà dans un combo à 13, glissant ses notes comme pas deux sur son manche, qu’il a produit quelques œuvres de John Lee Hooker et Ramblin’ Jack Elliott, qu’il côtoyé une palette d’artistes, qu’il n’a gravé pourtant qu’une seule dizaine d’albums, dont 3 avec son complice harmoniciste Norton Buffalo, et le dernier avec Ray Manzarek) ; et lorsqu’il quitte sa maison de Nevada City (CA), toujours couvert... d’un chapeau ou d’un béret, court les scènes, petites ou grandes, pour le plaisir d’un public toujours fidèle... C’est toujours un immense plaisir d’écouter un disque de Roy rogers. Celui-ci ne fait pas exception à la règle. Dans ‘Split Decision’, Roy s’offre le plaisir d’un parcours éclectique, en 12 compositions, avec son fidèle gang, les Delta Kings, entre blues variés, rythmes vifs et sonorités alléchantes. L’homme excelle dans la production, on le sait, et son expérience sert des enregistrements toujours très agréables à écouter, jonglant entre un équilibre savant des pièces, balançant entre les styles, saupoudrant des rythmes vifs ou chaloupés, toujours parfaits, avec des arrangements subtils, sur des riffs simples, souvent limpides et clairs, parfois laid-back, avec le juste sens du tempo, pas trop rude, pas fade non plus, glissant plusieurs instruments, plaçant beaucoup de guitares, une grande variété de guitares, partout (Roy en possède de nombreuses), invitant des musiciens d’origine musicale diverse (Ottmar Liebert et sa guitare flamenco, George Brooks et son jazz au saxophone alto ou tenor, Philip Aaberg au piano). C’est encore mené par le son léger d’une voix, la sienne, qui décore joliment les pièces de son chant mélodique. Le succès réside, comme à chaque fois, dans le talent de Roy Rogers à bâtir, tel un architecte, un disque considéré comme entier, avec une vision globale de l’œuvre : "Je pense toujours mes albums comme un sujet complet. Je ne pense pas en termes de pistes. Pour moi, la séquence est très importante dans un enregistrement. Le son global et la manière dont il existe vont de pair.". Les histoires racontées dans cet opus, si elles restent assez courues (les traits classiques du blues), sont par contre écrites comme de petits courts-métrages, là encore le goût d’un scénario bien charpenté, musique, son et compositions. Avec un peu d’humour, l’album ouvre en prévenant avec un ‘Calm Before the Storm’ pourtant plombé de furieuses guitares slidées , pour finir en apothéose instrumentale sur un court exercice expérimental nommé ‘Walking The Levee’ qui illumine tout le brio d’un artiste dont on souhaiterait, justement, qu’il libère plus encore sa féconde création, tout azimut ! Moins de consensus et plus d’invention, out of the beaten tracks...
CANDYE KANE
superhero
Delta Groove
Après de très graves ennuis de santé qui nous ont fait craindre un temps que Candye ne file au paradis des pétroleuses militantes d’un blues coriace bisexué, la Dame est là, étonnée elle-même, heureuse d’être parmi nous, les vivants (et on est heureux avec elle). Elle a tout essayé, dit-elle, prié, allumé des bougies et tenté quelques rituels étranges, même si sa foi est en panne sèche, et il faut croire que tous ces trucs de ouf marchent parfois (ou alors, c’est la médecine) car Candye la Grande revient, bien en vie et en chair, avec un album subtil tout en saveur et en blues swinguant. L’album est nommé du titre d’ouverture, ‘superhero’, bien qu’on ait envie d’écrire ‘super woman’, signé sur le label californien Delta Groove, lui vraiment très actif depuis quelque temps, et plein de pièces ciselées avec la vitalité qu’on connaît de Candye Kane. Sa voix est encore plus belle, sensuelle et grave, les mots chavirant dans sa bouche comme une danse au milieu des notes interlopes, comme si c’était les dernières volées de passions qu’elle y mettait. En quinze titres, Candye Kane montre quelle est de nouveau la meilleure, en pleine forme, et décidée à trancher le blues en mille morceaux savoureux, du swing chaloupé au R&B velouté, du blues rock teigneux au rythmes latinos, du bon, du vibrant, du solide, du goûteux ! Pour cet effort à la vie, la miss est entouré d’un gang illuminé et lumineux (ah les flammes de l’enfer), des musiciens la servant comme une reine, la portant au pinacle de son talent (elle est même en lévitation sur la pochette), un gang menée par une jeune guitariste très douée, Laura Chavez, véritable cheville ouvrière (on sait Candye savourant les femmes de l’enfer), et qui dompte jusqu’à ces invités prestigieux, tels Kid Ramos (brillantissime dans tout ce qu’il touche), Mitch Kashmar, à l’harmonica transcendé dans ce CD, Stephen Hidges, percutant batteur, et d’autres encore... L’opus est, à l’image de la Super Woman, une force de la nature, truculent et imùaginatif, brillant et réussi, telle la reprise étonnante et excitante du ‘You Need Love’ (Willie Dixon, façon Led Zep) qui à elle seul vaut l’écoute d’un album endiablé. La Lady fait encore la nique au diable et on adore ça !
Avant de le ranger (pourquoi faire d’ailleurs), monter le son et hurlez, dansez et transformez-vous en super héro, puis remerciez la dame s’il vous plait, elle revient de loin et elle est pleine de vie. Ensuite.....remettez le disque sur la platine !
COLIN LINDEN
From the Water
True North
Le Canadien Colin Linden est un type discret, résolument, bourré de ressources, multi facettes, et plein d’activités, du talent à revendre et des idées en vrac, à ne plus savoir qu’en faire, à tel point qu’on se bouscule pour louer ses services ! Et ça dure depuis plus d’une trentaine d’années ! C’est l’homme indispensable trouvant le succès auprès des autres mais moins sous son propre nom. Pensez donc, Colin Linden est musicien, arrangeur, compositeur, producteur et, en dehors de créer ses propres œuvres, ou d’aller à la pêche, il travaille, écrit, joue, produit pour tant d’autres qu’il faudrait un numéro spécial de Xroads (votre magazine préféré) pour en inscrire la liste. Bon devant l’insistance ambiante, citons par exemple Janiva Magness, Cassandra Wilson, Robert Plant, Alison Krauss, Bruce Cockburn, Emmylou Harris, Keb‘ Mo’, The Band, Colin James et j’en passe et des meilleurs dont je n’ose, par pudeur ou discrétion, noter le nom. Ce n’est pas tout car Colin Linden s’amuse encore (quel gamin tout de même) en participant à l’aventure du fameux, et fabuleux, gang Blackie & Rodeo Kings (dont leur dernier opus à découvrir d’urgence). Ses propres albums à lui sont des oeuvres qu’il taille au cœur d’un bloc de granit roots rock dont les éclats se révèlent de belles pépites de blues, de balades folk et d’americana. ‘From The Water’ est sa dernière œuvre, superbe, intense et ciselée au millimètre, à la fois efficace et sobre dans ses choix, électrique ou acoustique, rock et country blues, oscillant entre émouvantes ballades et rythmes secs, des mélodies toujours excessivement belles, dont la simplicité force le trait de l’intensité. Cet album est aussi dédié au compagnon de route, au grand complice de Colin, le clavier Richard Bell, qui a collaboré de nombreuses années aux côtés du musicien (100 albums ensemble) et qui est décédé il y a 2 ans. L’un des titres du CD a d’ailleurs été signé par les deux amis, jadis. Un autre, cette fois-ci écrit par Janice Powers, la propre femme de Linden, une écrivaine, parle de Bell comme l’âme d’un Ray Charles... Pour ainsi dire, cet album est aussi un hommage ! L’homme à l’éternel chapeau noir vissé sur la tête, barbu en diable, est là, guitariste et chanteur, accompagné d’une belle tribu de musiciens, et porte au paroxysme ce don des arrangements que chaque morceau suinte, en lui-même, de l’essentiel des sensations fortes procurées. Les airs sont saisissants d’une sorte de plaisir diffus que la taille du bijoutier sait ciseler à la perfection, jamais trop, toujours savamment orchestré au sein d’un disque envoûtant, un film projeté sur un grand écran, cadrage large, plans fixes et couleurs chatoyantes, un peu à l’ancienne avec un côté pourtant si actuel, et des mots qui frappent... Un unique nappage d’orgue, un jeu de basse funky, ou bien un saxo au lointain, une trompette céleste, une guitare saturée ou à résonateur, un harmonica ultime, un chœur souple, juste quelques notes sourdes derrière une voix, et la chanson s’adapte alors comme élément indispensable au cœur d’un opus. L’album a été enregistré en deux lieux, à Nashville (là où certains techniciens restent des sorciers) et le Canada, chez lui, l’âme du foyer, mais, comme le souligne Colin, peu importe les lieux, seul l’esprit des musiciens compte, mais surtout, que chaque détail compte, la moindre note soit étudiée ! Les mots aussi comptent et chaque pièce est une ode, une histoire, un mythe, une nouvelle. L’eau prend une place signifiante, que ce soit dans le titre éponyme ou sur 2 ou 3 autres, comme un symbole, celui des ravages (Katrina) ou, symboliquement, du temps qui coule, la renaissance (le baptême dans l’eau), l’imagerie du chaos (la tempête de la crise actuelle) ou du rêve (mer calme), cet optimisme chanté par Colin Linden comme une prophétie :’we are coming out from the water’ ! Un opus de plus mais un recueil qui sort du lot, ourdie de l’eau, avec des vagues de plaisirs
Publié le 18/10/2009 à 08:01 par friscoblues
ALVIN JETT & THE PHAT NOIZ BLUES BAND
Honey Bowl
Blues Boulevard / Music Avenue
La photo de la couverture montre bien l’humeur d’un album aux couleurs noires d’un R&B syncopé de blues et de groove : Alvin Jett a l’allure décontractée d’un dandy noir accoudé dans l’atmosphère cool d’un club, près d’une bouteille de jack à son effigie avec au fond, deux des musiciens... Ces gens du Mississippi respirent le blues à plein poumon, de celui qui traîne sur les routes à longueur d’année, se dévergonde dans les clubs fiévreux américains et transforme n’importe quelle dépression, ou crise, en fête jouissive ! Un rien de touches jazz en prime, origine St Louis oblige. Ces gens-là sont rompus à toutes les prestations, la machine est bien huilée, impressionnante de talent, et leur musique balance avec énergie et vigueur, des effluves de blues bien gras et opulent ! On ne fait rien à moitié chez ces gens-là, on excite les sens, avec délectation, et on porte les rythmes jusqu’à l’ultime vibration paroxysmique, à coup de guitare acérée, et de saxophone swinguant comme tout, et cette section derrière qui éructe dans les flammes de l’enfer. Piliers de la fournaise ‘phat noiz’, Alvin Jett, voix chaude, noire, puissante, guitare incisive, et Franck Bauer, saxophoniste hallucinant, entraînent le combo sur un chemin d’où nul ne revient intact, avec générosité (pas moins de quatorze titres, sans reprises), convivialité (l’odeur de la fête), brio et réussite (l’expérience) et le goût immodéré de la chose blues. Le voyage proposé par ce 4ème album mène à un carrefour de blues authentique, là où l’on croise le meilleur du R&B chaloupé du boogie enfiévré, du rock très roll, et du funk excité ! Ces gens-là ne régénèrent pas le style, ils l’embellissent, simplement, avec leur passion et leur talent. C’est beaucoup, c’est essentiel ! A vivre sur www.phatnoiz.com ...
A placer près des formations de St Louis Blues, histoire de..., mais bon, il vaut mieux ne rien ranger du tout et
THE INSOMNIACS
At Least I’m Not With You
Delta Groove Music
Là-bas, sur le versant de l’Oregon, résonne une musique lumineuse, chaude et belle comme un rayon de soleil de la west coast américaine. The Insomniacs vivent leur aventure à fond la caisse, sans repos (logique avec un tel nom), dopés aux amphés du swing, depuis 2007, date de leur 1er opus gravé artisanalement dans la chambre de l’un d’entre eux. Le fameux label californien Delta Groove, sachant repéré les talents en devenir, les signa juste après qu’ils aient raflé au passage un Award en 2008 comme ‘Meilleur Nouvel Artiste’. Comme à l’accoutumé&e, Delata Groove a mis à disposition du quatuor, studio, production et invités comme le chanteur ténor Al Blake (ex-Hollywood Fats), l’harmoniciste Mitche Kashmar, le fringuant guitariste Joel Paterson (Nick Curran, Four Charms...) et le saxophoniste Jeff Turmes dont on ne compte plus les exploits (avec sa femme Janiva Magness, et les T-Birds, James Hraman, Tom Waits, Kim Wilson, etc...). Les Insomniacs présentent donc cet album sur un coussin sublime de blues et de R&B torrides, dont la réussite révèle enfin des musiciens excellents, notamment Vyasa Dodson, un chanteur divin à la voix rauque et mélodique, pleine de soul et faite pour racler l’émotion, et et Alex Shakeri dont les nappages de B3 et les notes marchantes du piano vibrent tout au long des morceaux avec un côté assez aérien. On sent comme un air de fête, une voie large pour engouffrer les émotions et plaisirs d’un swing énergique, un blues irrésistible, une soul soyeuse, c’est joyeux, léger et succulent ! C’est rare qu’un tel combo arrive à donner un sens aussi parfait, subtil et généreux dès le second disque, magnifiant la perfection dans un spectre assez large de leurs goûts et compétences, jusqu’au cadeau final, un terrifiant shuffle nommé ‘Insomniacs Boogie’, magistralement conduit et qu’on suppose livré avec une pack d’amphétamines ! Insomniaques ? Et bien tant mieux et pourvu que ça dure...
BOB LOG III
My Shit Is perfect
Voodoo Rhythm Records
Le Déglingué, dans sa belle tenue de noir motard, cannibalise la moindre note de blues qu’il croise sur sa route sans fin. A fond la caisse, excès de vitesse assurée, il éructe des borborygmes dans son téléphone déglingué, chevauche percussions lourdes et guitare rustre, violant sauvagement le blues quand d’autres tentent désespérément de rendre, à la musique du diable, ses lettres de noblesse ! Lui, souffle un vent pervers sur des rythmes affolants, presque inhumains, qu’il ose encore définir comme ‘Poo-party, tit-clapping, techno blues’ (en martien dans le texte). Il parait que Bob Logg est le troisième clone de la planète Punk, mais on ne sait évidemment rien des deux autres, qu’il serait né sur terre, à Chicago, qu’il logerait à Tucson, Arizona, mais bon, des témoins l’ont aussi aperçu un peu partout, en Australie, en Europe, sur la Lune, alors comment se fier à des bios truquées... Le Déjanté a même été comparé à d’autres zombies de la planète perdue tels que Sreamin Jay Hawkins, Hasil Adkins, John Spencer dans le Blues Explosion, voire même RL Burnside un soir de cuite, ou par chez nous au méritant Petit Vodo, allez donc, pourquoi pas aussi à un maniaco-dépressif slidant dans les couloirs de Fat Possum ? Le Logg fou avoue lui-même «être sorti d’un crash de voiture, la tête en bouillie, devant porter le casque mais avoir pourtant basculé au bord du rire» ! On a lu dans la presse bien intentionnée, le terme de ‘musique pour criminel aliéné’ afin de qualifier la musique de Bob Logg (toujours le 3ème du nom), ça rassure car on en disait presque autant du Captain Beefheart en son temps sur un ‘Trout Mask Replica’ !!! Mais derrière le casque enchaîné à la combinaison, se cache un musicien hors pair (hors père, paire manque et gagne), frappant avec ses quatre pieds, pédales, cymbale et machinerie d’un objet complexe portant le nom étrange de batterie (comment tout ça tient d’ailleurs encore debout, c’est incompréhensible), et massacrant une guitare (cela doit être ça, ce truc avec un manche), bras armé d’un corps en métal hurlant (sic). Ce 5ème cas grave sorti sur Voodo Rhythm Records offre une couverture (sortez couverts) de sons lourds, grinçants, saturés, chahutés, claquants (mais pas clinquants) et empêtrés dans un delta rock des plus boueux, un régal pour ceux qui l’aiment la transe d’un blues pourri jusqu’aux os, un enfer pour les autres !!! En tout cas, l’ancien des Doo Rag (avec son ex-compère Thermos Malling), crée le spectacle, attire les foules et gratte là où ça démange. C’est tout simplement diffamatoire et outrageant, n’est-ce pas, mais c’est si bon... Ce ‘My Shit is Perfect’, sans contrôle, est qualifié de ‘blues trash super hits’ ! Ah, chouette c’était du Blues !!!
LOUISIANA RED & LITTLE VICTOR JUKE JOINT
Back to the Black Bayou
Bluetown Records 2008
Ruf Records 2009
Au milieu des jacinthes d’eau, les crapauds buffles dansent au rythme d’une musique boueuse qu’un bluesman, au mieux de ses 77 ans, plonge au fond d’un marais noir. Le blues transpire de partout, humide, moite, lourd ! Louisiana Red, né Iverson Minter, a eu une vie de dingue, une mère morte à la naissance, un père lynché par le KKK, la guerre de Corée, un passage chez les Black Muslim, paysan en Floride, une femme morte d’un cancer, la charge de ses trois enfants, mais aussi la musique et le succès, petit à petit, une multitude d’albums, l’installation en Allemagne, un remariage, des distinctions, et ce blues toujours à fleur de peau. Cet album, enregistré de façon vintage, en analogique, avec même du matos ayant appartenu au label Stax, d’abord sortit sur un label norvégien, magnifiquement réédité par le label Ruf, permet de vibrer aux ambiances plombées d’émotion d’un blues d’où jaillit l’immense complicité entre Lousiana Red et le si efficace et versatile Little Victor (italo-américain vivant en France), d’ailleurs producteur de l’opus. Une atmosphère exceptionnelle sourde sur chaque titre : on est dans du blues authentique, slidé, roots et éternel, paroxysmique, émotionnel et hallucinant de groove, conduit par l’expérience, l’âme et le talent, boosté par la présence invités aussi prestigieux que Kim Wilson, Dave Maxwell, Bob Corritore... On sent Red en apesanteur, étonnement rajeuni, à l’aise sur son terrain, inspiré, la voix en vrille, le jeu puissant de sa guitare, exprimant sa vision du blues, mélancolique et généreuse, poussé par l’ami Victor, duels amicaux de musiciens, dopé par les guests, et sous la férule des Juke Joint, un gang capturant parfaitement l’esprit de la Légende. Le disque offre un voyage hallucinant, sur des compositions aux fragrances variées, dispersant d’obsédantes volutes de swamp, de jungle beat, ou de delta, dont le titre éponyme, ‘black bayou’, rend bien les hypnotiques sensations d’intensité. Lousiana Red est un géant impressionnant, plein de blues et d’émotion, et ne saurait rendre autant d’éclat que dans cet opus au son excellent, dont la verve envoûtante marque le sommet de sa carrière. Superbe album dont il faut saluer l’atmosphère, l’impressionnant travail, les musiciens, le Blues !
Publié le 18/10/2009 à 07:43 par friscoblues
NICO BACKTON
Ce Troubadour belge a Le talent de pouvoir se servir ans les recettes des anciens, délicatement, avec minutie, et d’en sortir des airs qu’il pose, avec une certaine magie, un talent fou et une voix envoûtante, sur des mélodies effrontément modernes. Cela jaillit en mille flammèches de couleurs. Cela explose comme un feu roulant musical servi par une hallucinante formation, Wizards Of Blues. Sortie en septembre de ‘Roots & Stories’
Ce 3ème album, justement nommé 'roots' plonge, plus encore que les autres, dans la tradition. Est-ce une volonté de toucher à l'essentiel ?
Une volonté… Oui et non ! C’est une volonté qui est venue de façon tout à fait naturelle, ça n’a pas été une recherche, ou un but à atteindre… C’est une suite logique, une ambiance qui s’y prête à merveille, et des mélodies qui trottaient dans la tête depuis un certain temps. Il s’avère que ce qui nous fait voyager, ce qu’on aime partager, ce soit justement ce côté « tradition »…
Mais il y a aussi des histoires, qui déclinent justement le voyage. Le sens de ces 'stories' peut-être, dont la plupart sont de sublimes compositions ?
Tout de suite les grands mots ! Les histoires, c’est l’autre facette, qui va de paire avec le « roots »… En se plongeant dans les racines, on se rend compte que beaucoup de chansons sont finalement juste des moments de vie, de petites histoires de rien du tout, desquelles on ne comprend pas toujours tout, mais qui nous replongent dans la vie ou le quotidien d’il y a cent ans parfois. Les compositions sur l’album ont toutes, c’est vrai, cette particularité, peut-être, d’avoir les pieds dans les champs de coton en 1929, et la tête sur les routes de France en 2009 !
On flirte avec le blues des racines mais aussi avec le rag, le boogie, même la country et le bluegrass. C'est dans les vieux pots qu'on retrouve son âme ?
Tout comme les histoires ne vont pas sans les racines, on ne peut s’empêcher de revisiter ou de mélanger différents styles de blues, et je crois que je l’ai toujours fait… Et que nous continuerons à le faire, tous avec nos influences différentes ! C’est certainement en grattant le fond des vieilles marmites qu’on peut retrouver ses racines… Mais il faut parfois plusieurs marmites différentes pour calmer tous les esprits qui se bousculent dans la tête…Il y a cette sensation d'écouter des choses simples, vivifiantes d'ailleurs, et pourtant si parfaitement léchées dans les arrangements. Une sacrée combinaison à trouver, n'est-ce pas ?
En fait… tout est simple ! Ce qui est finalement compliqué c’est de faire sonner des choses simples, sans vouloir en faire trop, et en gardant la simplicité intéressante. Euh… Woaw !
Pour faire simple, c’est le cas de le dire, ce qui est parfois compliqué avec ces styles de musique, c’est de trouver le bon équilibre, dans l’instrumentation et dans les arrangements. Tout pourrait se jouer seul, juste avec une guitare, et en même temps on pourrait continuer à ajouter instrument sur instrument dans un « gros » mix… Il faut doser et trouver le juste milieu !
Oui mais l'option de l'électro-acoustique apporte comme une brise de légèreté dans l'air du répertoire. Un choix qu'on observe depuis le 1er album d'ailleurs. Du coup la voix est bien en avant et l'imagination au pouvoir des instruments variés. Une tactique d'originalité ou bien le besoin de coller au mieux de l'authenticité ?
Je ne sais pas si c’est un besoin… Mais c’est un plaisir, c’est indéniable. En fait je suis tombé « par accident » dans le jus de l’acoustique. Après l’album « Yazoo River Blues » que j’avais sorti en Belgique, j’ai beaucoup tourné avec le guitariste américain Muzzy Horn (Geezer Young), et le plus souvent en électrique. Jusqu’à une série de tendinites chroniques du bras gauche, m’obligeant à ranger l’électrique pour me faire une « rééducation » à l’acoustique, avec des positions sur le manche plus « académiques » et surtout moins de solos, et donc moins de risques de crampes. Je crois que je suis devenu accro !
Sur cet opus, on croise 2 ou 3 reprises, je crois, dont un Fats Domino et un Prof Longhair, tous les deux des pianistes de la Nouvelle Orléans. Une influence louisianaise qu'on ne rencontre pourtant pas trop dans les compositions signées de toi....
C’est vrai, c’est un clin d’œil, un petit hommage autant à la Nouvelle Orléans qu’à ses pianistes hors pair qui le méritent bien… C’est hallucinant ce que ces gars peuvent sortir d’un piano !
Je croise encore un titre nommé 'T-Model Ford Blues'. Un hommage ?
Pas particulièrement à la voiture elle-même, mais plutôt à tout ce qu’il y avait autour, autant les hommes que leur entourage. C’est l’histoire toute bête d’un gars qui s’est offert une Ford T avec ses cachets à la fin d’une tournée dans le nord, (la T était la première voiture « abordable » à l’époque) et qui commence à craindre, à juste raison, la réaction de sa femme sur la route du retour. Alors il roule sur les premières « Highways » avec une bouteille de whiskey à ses côtés, s’arrête pour faire le plein d’essence, de vin rouge et de Gin ! Tout un programme, qui ne veut peut-être plus dire grand chose aujourd’hui, peut paraître banal, voire cliché, mais qui m’amuse et me replonge dans cette ambiance bien particulière !
Les voix sont importantes pour les Wizards Of Blues, dans les choeurs comme dans le grain de ta voix qui sait racler chaque touche d'émotion. J'imagine un énorme travail vocal pour arriver à ce résultat, non ?
Travail vocal… pour les chœurs ou pour moi ?! Je rigole ! J’avoue que les voix ont leur importance, et c’est ce que j’essaie de travailler avec les Wizards pour les chœurs sur scène… Ce n’est pas toujours facile mais ils font de gros efforts et ça commence à porter ses fruits ! Pour ma part, le plus gros travail vocal c’est la scène… Je n’ai jamais travaillé le timbre ou la façon de chanter dans un but bien précis, j’ai toujours essayé de garder le côté naturel de la voix. Il va de soi qu’avec le temps on apprend à gérer se respiration, à ne pas forcer, à utiliser sa voix correctement, etc… Disons que c’est comme pour les plantes vertes, il suffit de les arroser de temps en temps !!!
On connaît le talent insolent de ces Wizards Of Blues sur une scène, un show redoutable et du visuel à foison (Richie Faret, l'harmoniciste est à lui seul un spectacle), mais là, on a cette sensation d'un bras armé parfait pour ta voix, ton jeu. Comment on organise tout ce petit monde ?
Comme on peut ! Chacun trouve sa place de façon naturelle. Musicalement, j’ai souvent une idée assez précise des morceaux ou des arrangements, mais chacun y ajoute son style et sa façon de jouer au bout du compte, pour avoir le côté naturel de chaque musicien… Ce n’est pas un genre de musique qu’on joue avec des partitions écrites et à vue ! Le feeling de chaque membre du groupe a son importance.
Un truc curieux : je parle d'une entité, les Wizards Of Blues, et la pochette te montre finalement seul, élégant mais perdu au fond d’un ravin empierré, chaleur extrême, avec une autre photo de tes pieds seuls, marchant vers je ne sais quel destin... Pourquoi ?
Pour la bonne et simple raison qu’on n’avait pas forcément envie d’une photo de groupe pour la pochette de l’album, je ne voulais pas non plus avoir ma tête en gros plan ! J’aime cette ambiance surchauffée, la longue marche sous le soleil au fond d’un ‘canyon’, le manque d’ombre, la lourdeur de la chaleur, marchant sur des cailloux brûlants. Le jour de la session de photos il faisait 39° à l’ombre et j’ai passé l’après-midi en plein soleil et en costume. Autant te dire que le côté surchauffé, ce n’est pas du cinéma et ça n’a pas été rajouté au montage ! Alors marcher vers qui… vers quoi… est-ce le départ ou l’arrivée… On dirait que le personnage porte son histoire, ses racines…J’ai aimé ce côté solitude au milieu des éléments, perdu au milieu de nul part, mais habillé de son plus beau costume, comme s’il allait monter sur scène et nous faire voyager dans un autre monde, retrouver cette « entité » pour aller encore plus loin…
Album 'Roots & Stories' Naked 2009
Francis Rateau
Publié le 18/10/2009 à 07:26 par friscoblues
VOODOO DOCTORS
Exercice illégal de la médecine revival !
Enfin un gang volubile plongé, avec humour et brio, dans l’illégale médecine d’un genre parfois révolu, celui, tout simple, de distiller le virus d’une passion, muté d’influences larges (folk, rock, blues, country). Une certaine idée du Creedence Clearwater Revival ! Sur scène, c’est désopilant et affolant. Sur disque, c’est envoûtant et excitant ! Mais qu’on ne s’y trompe pas, ces Nantais, venus d’horizons variées, savent jouer de leur talent, et sont capables d’injecter du sang neuf dans sublimes compositions aussi bien que dans les viols impromptus du passé. Avec malice et sans honte, ni morale, Voodoo Doctors, à peine grimés, viennent de recréer les ménestrels d’antan, imposant sur leurs routes, bonne musique et spectacle festif, avec beaucoup de succès ! Nous voilà enfin guéris par les bons docteurs...[/SIZE]
Alors comme ça, les toubibs se mettent au vaudou à l’heure même où la fameuse grippe A sévit. Une façon de conjurer le sort ou bien d’ensorceler les fans d’une musique dont les vibrations servent de vaccin ?
Il faut bien l’avouer, on a essayé tous les médicaments dignes de ce nom pour soigner cette mauvaise toux (et on ne citera pas de nom), ça n’a pas marché !!! Alors rien de tel qu’une bonne thérapie musicale.
Comment donc est né ce cocasse projet, à la limite du gag et de l’appropriation collective d’un genre ? Car enfin, Gentlemen, on sent bien qu’il y a eu vol caractérisé d’un répertoire. Cela va chercher dans les 5 ans de scènes forcées, ce truc-là, non ?
5 ans avec 4 boulets dans le même groupe, tu imagines !! C’est vrai qu’au tout début nous n’étions que 3, plusieurs guitaristes sont passés avant qu’on ne branche Ronan Le Huludut … et puis il y a 2 ans ça manquait cruellement de contrebasse pour soutenir ma vieille grosse caisse… Et sur les morceaux ou je prends la gratte, quand les tempos bougeaient, je ne pouvais pas coller ça sur le dos du contrebassiste !!! Alors on a appelé Miguel Hamoum, (mon vieux pote de 10 ans, avec lequel on a du passer dans plus de 15 groupes ensemble..) et maintenant c’est toujours de sa faute, na !!!
De la réunion en bande désorganisée de quatre garçons dans le vent nantais, tous issus de formations troubles, et nous les dénoncerons en fin de parcours, a généré ce quatuor aux limites de l’indécence musicale. Comment s’est-on chargé du spectre musical, passant effrontément d’un style à l’autre, du blues au folk, ou du british beat au rock ?
Tout simplement en mélangeant nos influences respectives, en privilégiant un son plus qu’un style. Le reste s’est fait naturellement, ça commence par des morceaux qu’on avait envie de jouer, tout en les adaptant à notre sauce, puis les compos prennent doucement leur place. Dans la même optique, pas de limite, du moment que ça nous plaise ! Mais malgré tout, on navigue toujours autour du folk blues, rock n roll et tout ce qui est un peu roots…
Tout de même, j’insiste, en vous écoutant, on hésite entre le pastiche, incroyablement bien fait, et l’originalité d’un gang libéré de ses chaines et résolu à faire ce qu’il veut, avec délire, talent et une réussite étonnante. Le pacte avec le Malin a-t-il fait l’objet d’une contrepartie ?
Oui ! On est condamnés à tourner ensemble, et ça… c’est terriiiiible !!!
D’abord merci pour les compliments ! et en plus, c’est complètement ça, on fait ce qu’on veut quand ça nous passe par la tête, dire tout haut sur scène la connerie qu’on a à dire, que, parfois, on est les seuls à comprendre, mais les gens se marrent à leur tour,...Et le paradoxe, c’est que la démarche de base est sérieuse. On travaille quand même !!! Mais bon, c’est après que ça dévisse : du boulot pour la bonne zic et de la déconne pour pas se prendre trop au sérieux !
Le choix résolument acoustique des instruments, une façon de déterrer les racines et des les bouffer jusqu’à la sève ?
Ça, c’est pour la « couleur », l’ambiance… pour ma part, sur le disque je voulais vraiment intégrer des percussions, des instruments peu classiques, comme le washboard ou le kalimba. C’était vraiment une nécessité par rapport au morceau et non pas histoire de « meubler ». La contrebasse, le slide, même électrique parfois, les kazoo… bah oui, on n’a pas assez pour se payer une section de cuivres !!!!
Partant d’horizons différentes, comment avez-vous pu engendrer de tels monstres mutants, entre le folk, la country, le rock et le blues ?
Certainement un soir ou on avait fais des mélanges, mais plutôt liquides ?! Honnêtement je pense que c’est parce qu’on n’a jamais voulu fixer de limites, à part peut être François Valérie (rires)
Tout y passe car sur scène, je vous ai vu chanter des airs des Stray Cats, des Beatles, et même AC/DC ou Muddy Waters (si, si, pas la peine de nier). Et en plus, c’était fait avec beaucoup de brio ...et une touche d’humour. Mais jusqu’où iront les Voodoo Doctors pour étaler leur talent et réveiller les fantômes ?
Je nierai tout en bloc !! Et nous irons jusqu’à Clarksdale s’il le faut pour le prouver !!!
De Neil young, justement, on goûte sur l’album au superbe ‘Old Man’, incroyable version, jusqu’à la voix frêle, mais on fleure bon aussi quelques effets dans le ‘Down by the River’, que tu as signé, Denis. Neil Young, une icône pour les Voodoo Doctors ?
Une icône, je ne sais pas, mais Ronan et Michaël sont assez fans du même album, « Harvest ». Pour ma part j’avoue que j’ai découvert Neil Young avec Voodoo, la honte, donc ça doit être un hasard pour « Down by the river », même si je le prends comme un compliment… de toute façon il m’a tout pompé ce… comment déjà ? Neil Young ?
Pourquoi la reprise du ‘Constant Sorrow’, un air du Kentucky, signé Dick Burnett? Elle est tellement vraie qu’en fermant les yeux, on voit déjà Clooney singer cette chanson dans le film Ô Brother...
C’est un morceau fabuleux ! Une vieille farewell song du siècle dernier… ah non, de l’autre encore avant ! La version du film est géniale, tourner à la dérision un texte qui à la base est plutôt une complainte, c’est ça qui est bon, faire du country blues festif !! Voilà un concept !!
Que peuvent devenir les Voodoo Doctors après avoir ainsi dévoyé une poignée de standards et pondu quelques belles compositions (j’adore le ‘doctors groove’ d’ouverture) ?
Les projets, ça ne manque jamais ! Il faut juste trouver le temps de les réaliser…
Et des compos, y’en a encore dans les tiroirs…En fait, je crois que qu’on n’a pas la prétention d’être élitistes, bien au contraire ! Si c’est populaire, si les gens s’éclatent dans nos concerts, s’ils se marrent entre les morceaux (ou pendant !) ça nous va ! Du moment qu’on ait toujours l’impression de jouer ce qu’on aime sans se fourvoyer, alors ok !
Toi, Denis, on te sait l’un des meilleurs batteurs du blues français, sévissant peut-être encore avec Bad Mules, jouant actuellement avec Tia & The Patient Wolves. Pourquoi encore un autre groupe dans lequel tu signes aussi la totalité des compositions ?
Le dernier morceau du disque est signé par Mike et on en a coécrit 2 avec Ronan, avec qui ça fonctionne très bien en binôme d’ailleurs, pas de problème d’égo, les idées fusionnent et puis ça donne ce que ça donne… Encore un autre groupe ? Ben justement parce que j’avais plein de compos dans mes valises et qu’il était temps de casser cette légende comme quoi les batteurs ne sont pas musiciens (rires). Et du coup, blague mise à part, ça me paraissait logique de jouer de la guitare sur mes morceaux, et de faire de la gratte tout court d’ailleurs ! Comme ça je repique tous les plans de Ronan !
Pour info, Bad Mules sévit toujours, on s’est fait quelques bons festivals cet été, en Hollande, en France, et on retourne accompagner Josh Miller aux USA l’année prochaine..
Bon, il est temps de dénoncer tes petits camarades ! Qui sont-ce, d’où viennent-ils et quand est-ce qu’on boit un coup ?
Ce n’est pas beau de balancer, mais bon pour une bonne bière je ferais n’importe quoi ! Ronan Le Huludut, non, non c’est pas un nom de scène, c’est son vrai nom ! Alors lui c’est mon copain de conneries, guitare, chœurs et c’est déjà pas mal ! Fan de Creedence et des Stones, il bosse à coté, éducateur avec des gamins en difficulté, alors il se défoule avec nous. Michael Mieux, chant et guitare rythmique, c’est le plus éloigné du blues de nous quatre, c’est le coté folk du groupe ! Il joue aussi avec un groupe qui reprend du Led Zep, seventies power ! Et notre architecte, Miguel Hamoum ! Comme les autres, il est Nantais et joue aussi avec un super gars que tu connais, Matt Fromont de « Bo Weavil »
On se connaît depuis une dizaine d’année, je crois et j’adore jouer avec Mig, ça roule, on a les mêmes goûts, un peu la même histoire. Quoi qu’il se passe, on se retrouve toujours tôt ou tard dans un groupe… D’ailleurs Fred Below et les frères Mayers s’appelaient, « the Aces », et bien avec Mig c’est pareil, si vous voulez une section rythmique, il faut nous appeler… « the asses »…
Au fait, pourquoi avoir choisi le titre ‘Deep Peace’, encore de toi, comme nom de l’album ?
Il fallait un titre à l’album, rapidos, alors j’ai demandé aux gars s’ils étaient ok pour Deep Peace et tout le monde était d’accord. C’est un message à la femme que j’aime ! Elle m’apaise, elle me fait voir les choses sous un autre angle, un équilibre, une Paix Profonde quoi…
Ah au fait, je voulais te dire, je n’avais pas pris autant de plaisir à écouter un disque aussi gai depuis ceux des CCR !!!
Merci à toi, et ça fera déjà une personne qui aime le disque ! bon on va le boire ce coup ?
VOODOO DOCTORS ‘deep peace’ www.myspace.com/voodoodoctors
Francis Rateau Oct 2009[/SIZE]
Publié le 04/07/2009 à 06:56 par friscoblues
Cette Australienne au charisme affolant, à l’allure chatoyante, aux prestations scéniques brutes et crues, à la voix chaude et railleuse, pousse ses airs excitants jusqu’au tréfonds du Blues, les parfumant de volutes de rock avec une légère fragrance de pop.
Elle sera pour la première fois en France cet été dans le cadre du festival Blues Passions de Cognac
Tu arrives bientôt au festival de Cognac. C‘est la 1ère fois que tu viens en France ?
Notre venue à Cognac sera notre premier voyage en France. Nous sommes très excités de cette expérience, de connaître ce grand festival et sa culture. C’est la raison pour laquelle on jouera de tout notre coeur, tu vas voir, ce sera un vrai style très ‘Aussie’...
Ta voix est très envoûtante, d’une puissance rare. Tu chantes depuis l'âge de 19 ans, je crois ? As-tu vécu dans une famille où la musique était importante ?
Oui, en effet j’ai commencé très tôt à chanter et cela ne s’est pas arrêté depuis l’enfance. Il n’est jamais trop pour commencer ! La musique a toujours eu une place importante dans notre famille, pour les enfants que nous étions que pour ma grand-mère qui vivait avec nous et qui adorait l’opéra et la musique classique. Cependant ma famille n’était pas une famille de musiciens même si leur amour pour la musique et leur soutien dans mes choix m’a énormément influencée.
Et quel a été ton parcours ?
J’ai commencé par chanter avec des groupes de métal, rock blues, funk et soul avant que je laisse finalement ma voix me dicter ce que ma musique devait être. Je me souviens lorsque j’avais 19 ans, lors d’une fête, une fille chantait tellement mal une chanson que j’ai décidé d’intervenir pour essayer de l’aider (rires). Mes amis étaient tellement impressionnés que je suis sortie de ce lieu en songeant que j’avais, à ce moment-là, réalisé mon premier concert. J’ai commencé à faire de la guitare il y a 4 ans à peu près et l’utilise comme une sorte de véhicule pour l’écriture de mes chansons (je barbotais comme un enfant avant ça) et je n’aurais jamais pensé que la musique ait une place si importante dans ma vie. J aime réellement ce que je fais.
On te compare parfois à un troubadour moderne, peut-être pour ce talent de conteuse, hors des sentiers battus, mais j’aurais tendance aussi à te comparer à Janis Joplin, inévitablement, pour le versant affolant de tes prestations, et peut-être la voix...
Je n’ai jamais quitté un concert sans qu’on me fasse, en effet, cette comparaison. Je crois réellement que les gens font ce rapprochement du fait que je donne vraiment tout mon coeur lorsque je me produis, physiquement aussi. Cependant je ne pense vraiment pas que nos voix aient quelque chose en commun.
En tout cas, tu as un look étonnant, j’adore, tout en fantaisie et en originalité. A vrai dire, c’est toute ta personnalité qui semble aller dans ce sens, des musiques comme des prestations scéniques, chatoyantes et colorées, et presque délirantes parfois !! On a l’impression, en t’écoutant, que tu vis dans l’urgence, non ?
Je me suis toujours habillée de façon délirante, depuis que je suis enfant (je pense que je tiens cela de ma mère. Elle était pire que moi). J’adore m’habiller en couleurs parce que c’est amusant et je pense que c’est indispensable d’être soi-même. Lorsque je suis en concert, je fais toujours comme si cela allait être le dernier. Je donne tout ce que j’ai au public et les gens aiment recevoir cela.
Le premier album, ‘Learn Your Routes’, était très roots, du delta blues slidé et saturé, presque punk. Tes influences premières ?
Je n’ai aucune restriction dans le genre de musique que j’écoute, si c’est bon ! J’écoute, enfin, j’écoutais beaucoup de Betty Davis, Jolie Holland, Mississipi Fred McDowell et Aretha Franklin, au moment de cet enregistrement-là. J’ai eu des problèmes de gorge pendant 18 mois, il y a 4 ans, et comme je ne pouvais pas chanter, j’en ai profité pour apprendre à jouer de la guitare et ne faire rien d’autre que d’écouter tous les grands chanteurs de notre époque.
Tu t’es acoquiné avec un sacré complice, Jeff Curran, doué d’une présence redoutable, guitariste dobro. Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Jeff est mon meilleur ami, nous avons vécu tellement d’improbables aventures ensemble durant les trois dernières années.... et il est unique ! C’est un incroyable guitariste, sa façon de jouer se détache complètement des autres. Il m’a vu jouer en solo dans un club à Melbourne il y a trois ans, on s’est parlés et le reste, tu le connais...
Tu ne viens pas les mains vides en France puisque tu sors ces jours-ci un nouvel album, «Not For Love, or Money ». Le titre de l’album est un peu mystérieux. Tu peux l’expliquer ?
Le titre de l’album n’est qu’une représentation de ma détermination à le finir. Nous avons passé 18 mois à travailler très dur pour nos concerts ainsi que pour finir cet album, allant de studio en studio, un peu partout en Australie, et rien ne pouvait nous empêcher de finir notre oeuvre. De plus une des personnes que j’aime le plus au monde, et qui a bientôt 80 ans, m’a dit cette phrase un jour : 'not for love or money' et là, j’ai compris que cette phrase serait parfaite pour le titre de l’album.
Cela change du CD précédent. Ce nouvel opus est largement ouvert sur le rock, plus alternatif encore mais aussi plus mélodique, presque pop parfois. As-tu voulu ouvrir des fenêtres, laisser libre tes pulsions musicales et du coup, vocales ?
Je pense qu il est important d’écrire les chansons avec son cœur. Peu importe le style ou le genre. Comme je te l’ai déjà dis précédemment, ma voix me dicte tout lors de l’écriture de chansons et ensuite, la musique accompagne ma voix pour raconter les histoires.
Comment dit-on déjà dans ces moments-là...ah oui, est-ce l’album de la maturité (rires) ?
Je réalise petit à petit que j’ai parcouru un long chemin en tant que compositeur depuis l’écriture de nos premières chansons et je pense aussi qu’il me reste encore beaucoup à parcourir. Parfois, je trouve c’est vraiment très dur d’écrire certaines chanson mais d’un autre côté, je me dis que cela serai ennuyant si c’était facile. Je suis très fière de cet album et je suis aussi très impatiente que le reste du monde l’écoute.
Il y a aussi beaucoup plus d’arrangements et un son plus fouillé. Qui s’est chargé du décor ?
J ai énormément participé aux arrangements et compositions de l’album et nous avons eu la chance aussi de travailler avec un célèbre producteur australien, Forrester Savell, qui comblait les manques auxquels on s attendait quand nous avions bouclé environ les trois quarts de l’album en janvier dernier. D’ailleurs, à ce moment-là, j’écoutais beaucoup les Beatles et Aretha Franklin pour me guider vocalement.
Tu écris toutes tes chansons ? Les thèmes ont-ils une connotation liée à ce vaste pays qu’est l’Australie, justement ?
Je pense qu’il y a un réel sentiment universel dans la plupart de mes nouvelles chansons pour que tout le monde puisse s’y retrouver. Il y a une chanson dans mon nouvel album,'Loaded Silence', qui traite des problèmes que l’Australie est en train de vivre face à la crise mais aussi avec leur histoire avec les aborigènes.
La scène australienne regorge d’artistes ‘roots’. Tu expliques ça comment ?
Oui, en effet, il y a de plus en plus d’artistes ‘roots’ en Australie. Je crois que cela tient au fait que les musiciens ont certainement un jeu qui s’est beaucoup amélioré en qualité et qu’ils jouent de plus en plus, et à l’étranger. Je pense notamment à des gens comme Xavier Rudd, John Butler et Ash Grumwald, qui ont eu une influence primordiale pour ces styles, mais il y a aussi une passion pour ce genre de musique qui se cache dans les montagnes et les coins reculés du pays, dans les pubs et les bars...C’est encore très vivant.
J’ai remarqué aussi que les musiques roots n’étaient pas cloisonnées et qu’on mélangeait aisément le blues, le rock, la country, le folk. Du coup, peut-on parler d’un style typiquement ‘Aussie’ ?
Je n’ai jamais considéré cela comme un style typiquement australien. C’est un peu universel car authentique. Et je pense que je devrais avant tout voir ce que la scène Européenne propose avant de me prononce a se sujet-la (rires)
Es-tu en en relation avec d’autres artistes australiens ? Je pense à des gens comme Ash Grunwald, tu l’as cité, qui est venu, lui aussi, à Cognac, ou Adam Hole, Jeff Lang...
Oui, en effet j’ai participé différents concerts ou j ai notamment joué avec Xavier Rudd, John Butler, Blue King Brown et d’autres. Tu sais, en Australie, pays vaste mais si petit, c’est un peu comme une grande famille entre musiciens, et on se croise derrière les scènes des festivals...
A Cognac, vas-tu préparer un show spécial ? Et ce sera-t-il plus proche de l’album ? Sais-tu que c’est l’un des plus grands festivals européens ?
Oui j’en ai beaucoup entendu parlé. Nous avons prévu un show très spécial pour le festival de Cognac, qui aura pour but de mettre énormément d’ambiance. Je suis vraiment très impatiente, surtout depuis que j’ai découvert que BB King participerait à l’évènement ! Le voir se produire, c’est comme un rêve, et j’ai hâte d’y être, je ne peux vraiment plus attendre !!![/SIZE]
Ce véritable premier album ondule entre les saveurs d’un rock délivré de ses oripeaux superficiels pour ne conserver que la saveur brute et coriace du blues de ses origines, juste à peine bariolé de petites touches de pop. Issue de la fournaise australienne, la voix brûlante de Dallas Frasca en grille littéralement les plages en un tourbillon de sensations dont on ne ressort pas vraiment intact ! Si ce n’est fait ni pour l’amour, ni pour l’argent, alors c’est fait pour vriller l’âme et flancher le cœur !
Album ‘Not For love or Money’ 2009
www.dallasfrasca.com
Francis Rateau
Publié le 08/06/2009 à 06:36 par friscoblues
Le GRESIBLUES FESTIVAL, c'est l'évènement blues en Rhône-Alpes !
Entre Grenoble et Chambery, le Blues se laisse aller pendant une semaine à une migration au coeur de la magnifique vallée du Grésivaudan, de village en bourg, au son de la note bleue
Publié le 08/06/2009 à 06:23 par friscoblues
Festival incontournable de l'été du blues, le 'Cognac Blues Passions' s'annonce cette année encore comme un évènement magique !
Découvrez la programmation sur : www.bluespassions.com
Publié le 07/06/2009 à 07:43 par friscoblues
Le gang Rhône-Alpin ouvre une nouvelle page de leurs aventures en présentant un nouvel album puisé aux sources d’un rock ciglant et sans concession (comme votre journal préféré), ‘Another Day’ s’est décoré cette fois-ci d’une écriture striée de pop mélodique, à l’anglaise. Et c’est une réussite totale ! Ce qui montre bien que le rock, enfin libéré des torpeurs fades du son costume FM, se régénère sans cesse, d’une mue à l’autre...C&T are on roaming !
Hello les gars, on peut dire que vous savez surprendre votre fan club ! Votre parcours est étonne et détonne ! Ça commence par du pub rock, l’espace de deux albums, puis on a glissé subtilement vers un autre style, avec l’étonnant ‘walk away’, plein d’electro-rock, et puis là ce dernier opus ‘Another day’, très rock mais avec une belle touche de pop... Another day, just another way ?
Les deux premiers albums se ressemblaient un peu et à partir du Walk Away, on a voulu faire des choses différentes. On s’était invités avec des machines, un virage sans en être un, un parcours en effet, mais toujours dans ce qu’on aime, le rock...
Peut-être qu’avec ce nouvel album, vous assumez-vous plus comme vous êtes, tout compte fait, un sacré power trio de rock ?
Oui en effet mais on s’assumait déjà bien avant (rires). Les critiques, mêmes bonnes, de nos précédents albums, ont eu raison de notre état de pub rocker en nous comparant toujours comme des Dr Feelgood français, alors qu’il y en aura toujours qu’un et un seul !!! Là, on se laisse aller à ce qu’on a dans nos cœurs, dans nos têtes, à vrai dire on ne s’est pas trop posé de questions non plus. Et c’est vrai qu’on retrouve là, le trio à l’état pur, sans ajout autre que les guitares, basse, batterie...
Le chemin que vous avez pris cette fois-ci, sonne un peu british pop... Avec un vieux fond de rock et un son d’enfer ! C’est mélodique, avec un petit goût des 60’s, Pretty Things, Small Faces ... et même des Beatles...
C’est vrai et d’ailleurs il y a des clins d’œil à des groupes qu’on aime bien, et en effet notamment aux Beatles sur un arrangement dont les mélodies nous ont marqués à un moment donné. On ouvre donc un peu les vannes mais cela ne signifie pas que les Classic & Troubles doivent être maintenant étiquetés autrement. En fait, on continue notre chemin. Et après tout, ça rejoint les débuts du pub rock qui venaient des 60’s anglaises. Et puis on avait plusieurs options : soit on refaisait un walk away, avec des machines et des additifs, finalement des choses qui ne nous correspondaient pas tant que ça, soit on se lançait dans un truc plus brit pop rock, avec beaucoup plus de chœurs chantés. On a opté pour ce travail.
Beau travail, en effet, sur les chœurs, c’est remarquable..
Oui un poil nouveau, un poil ancien (rires) on a pensé les chœurs comme un instrument, simplement
Déjà sur Walk Away, vous disiez ouvrir une vanne, là encore...vous en avez beaucoup des vannes à ouvrir comme ça ?
(rires), oui Monsieur, mais on ne se projette pas et on ne planifie pas. Si cela se trouve, le prochain sera hard rock...c’est un peu ça être libre et je trouve qu’en France, musicalement, on est un peu culs serrés !!!
Est-ce que vous rencontrez toujours cette ambiguïté dans les concerts, trop blues pour le rock, trop rock pour le blues ?
Oui c’est vrai mais surtout sur les deux premiers albums. Le Walk Away a tellement surpris qu’on a eu d’autres scènes mais aussi des rejets. Je pense que ce nouvel album nous ouvrira encore d’autres lieux et opportunités.
Mais si le style est résolument plus mélodique, avec des arrangements léchés, cela nécessite aussi un travail plus conséquent au sein du trio ! Comment cela s’est-il passé ?
Classic Fab : Oui les méthodes de travail ont du être changées. Jaja a débroussaillé les bases de l’album et ensuite, ça s’est passé par des échanges d’enregistrements et d’idées. A vrai dire, on tourne toute l’année ensemble et c’est facile car on est toujours à l’écoute des uns des autres et petit à petit le produit a abouti. En fait l’enregistrement de l’album, ça a été plein de petits bouts de séances, à droite à gauche, qu’on consolide lors de répétitions en studio, un travail intense qui peut prendre 3 jours et 3 nuits d’affilée.
Classic Jaja : Le challenge en effet était de faire sortir autant d’énergie sur scène qu’on en a eue en studio. C’est comme si nous balancions des reprises d’un groupe ...qui serait le nôtre ! Tu comprends ?
Comment s’est passé l’enregistrement ?
Another Day a été enregistré par notre ami Lol de Volubile Strudio Prod qui nous a suivi dans plusieurs endroits pour capter différentes ambiances, en live, des prises à droite à gauche, aussi chez lui dans son studio, dans des théâtres, dans des lieux aussi improbables parfois, et il a été mixé à St Etienne au Studio Mag qui avait déjà mixé pour les 2 précédents albums
Au fait vous avez fait la 1ère partie de Neil young. C’était comment ?
On était sur un petit nuage, pas de stress. Mais on n’a pas eu d’échanges avec lui. Très distant, le mec ! Et puis cela fait drôle de pouvoir carrément renter en camion sur une scène (rires)
Pour avoir choisi le titre Another Day comme nom de l’album ?
Déjà ce titre a failli ne pas être sur le disque. Il est né effectivement d’une interprétation plutôt ballade, un peu dans le genre Neil Young justement, mais le côté « mielleux » ne nous convenait pas ! Et puis en accélérant un peu le morceau, Il a trouvé son envol en lui donnant un côté plus « pop rock », la mélodie du chant a trouvé tout naturellement sa place. Ça nous a bien plu et on l’a gardé.
Moi, je le trouve plutôt 60’s, avec une touche de Kinks, savoureuse, vocale et pointilleuse dans les arrangements. C’est sublime et ta voix accroche parfaitement les volutes anglaises qui flottent partout dans ce titre. Tu peux m’en remettre une couche
Ce titre comme le reste de l’album est un mélange de TOUT ce qui nous a touché depuis que l’on écoute de la musique, des sixties à aujourd’hui. C’est un album de rock, avec des riffs qui nous ressemblent, simples mais énergiques, avec une ouverture plus pop
Avec ‘loony soon’ en ouverture, on entre immédiatement dans le vif du sujet : ça cogne bien, c’est puissant, rock comme on aime et en même temps le chant est mélodique. C’est le morceau qui donne le ton, non ?
En quelque sorte oui, cet album est une sorte de retour aux sources et « Loony soon » annonce la couleur. On retrouve la formule basse, batterie, guitare des débuts. Nous avons fait un gros travail sur les voix qui nous apportent une sorte de 4ème instrument.
Juste une question pour ce ‘Lina’s Gone’ au rythme très obsédant : qui se cache derrière cette Lina qui semble si inaccessible et désirable (rires) ?
Qui n’a jamais eu dans sa tête (dans son cœur) une Lina secrète ?
Heu, moi peut-être (rires). En tout cas, il y a ces chœurs légèrement stoniens en arrière-plan avec parfois une voix off, un peu à la Jagger....
Jagger ? Je prends ça pour un compliment. Malheureusement, nous avons oublié d’inviter ce brave Mick, en revanche as-tu reconnu la basse ?
Ça sonne bien en tout cas...
Yes Man, c’est un certain bassiste de Bijou, Philippe Dauga, qui est venu nous faire un grand plaisir et nous prêter main forte ?
D’autres invités ?
Oui, on a aussi deux superbes jeunes femmes qui sont venues faire les chœurs sur certains morceaux. Et aussi Carole de St Etienne, ça ne s’invente pas comme nom, qui nous a fait la gentillesse de venir quelques petites parties de violon, un pur bonheur
Variations sur pièces :
‘She’s A Sinner’ et ‘Johnny’s On Roaming’ : la marque typique des C&T : un jeu rugueux, une section rythmique croustillante, des riffs musclés, une voie qui plane sur un chant plutôt mélodique. Le style évolue entre rock saillant et pop détendue.
Plus tonique mais dans la lignée des deux précédentes pièces, le ‘Tell Me Who Is Gonna Lie’ est placé au cœur du son anglais, avec l’ambivalence d’une guitare stridente accompagnée d’une batterie souple et d’une basse ronflante. Rajoutons une belle envolée vocale soutenue par des chœurs bien placés, quelques effets d’échos qui chapeautent le tout, et voilà un beau morceau de rock des C&T !!!
J’adore le ‘Out Of You’, car sous son riff assez facile, il offre une palette sonore soyeuse et envoûtante qui s’imprègne comme une évidence. C’est fort et c’est doux à la fois, comme une épice doucereuse au goût mais âpre en bouche. Bon, et puis, les petits passages façon ‘Beatles’ sont très appréciés et embellissent ces 3’03 d’une superbe ballade rock
J’ai senti David à la batterie libre dans ce disque et peut-être est-ce sur ce ‘Time Is Coming’ qu’il excelle en choses simples mais terriblement efficaces. Il est dedans !! Toi à la guitare, et Fab’ à la basse, on a aussi l’impression que vous vous retenez pour lui mettre la tension suffisante d’un jeu époustouflant. L’ensemble est du bel effet.
‘Everybody’s Got A Way’ marque un tournant dans l’opus, un tournant qui préfigure peut-être l’avenir. Voilà un rythme très pub rock mais suffisamment subtil pour permettre la mélopée d’une chanson des plus agréables à écouter. La rythmique est bien léchée (le jeu des tomes batterie est terriblement bien à leur place, et la basse trouve le ton juste), la voix sait se faire douce et envolée, des chœurs souples, et c’est là l’un des plus chouettes titre de l’album !! Encore un...
Avec le ‘Burning Out’ en final, c’est l’apothéose pop rock. La voix est haute mais légèrement laid back, la musique est martelée et en premier plan, l’atmosphère est presque lourde, les rythmes francs, un son embelli par l’homogénéité et l’expérience d’un trio fidèle à lui-même et plein de ressources, encore et encore...Voilà un album chatoyant, et dont la dernière note se meurt avec le bouton qu’on a du baisser, au terme d’un voyage au cœur d’une musique rock coloré d’une bien belle pop.
Classic & Troubles, ce sont Christophe Jardon, Fabrice Montardre et David Misiti
Album ‘Another Day’ / 106 db Prod / 2009 (mettre l’image du CD)
www.classicandtroubles.fr
Et sur scène, c’est encore mieux…
Francis Rateau & Cédric Vernet